Des camps en Isère, 1939-1944.
Parcours d’internés.

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REPÈRES CHRONOLOGIQUES

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QU’EST-CE QUE L’INTERNEMENT ADMINISTRATIF ?

L’internement administratif est une mesure de sureté prise par un gouvernement à l’encontre d’opposants déclarés ou supposés. Elle consiste à enfermer dans des camps des individus considérés comme suspects ou représentant un danger potentiel pour l’Etat.

Les lois à l’origine de l’internement administratif
Le 12 novembre 1938, le gouvernement Daladier (avril 1938 – mai 1939) promulgue un décret-loi qui prévoit l’internement des « indésirables étrangers ». Cette loi est complétée par celle du 18 novembre 1939 qui permet l’internement « de tout individu, Français ou étranger considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ».
Ce gouvernement de la IIIe République adopte ces lois dans un contexte de crise économique, de xénophobie et d’une guerre imminente avec l’Allemagne nazie.
Elles constituent le socle de la politique d’internement reprise et consolidée ensuite par le régime de Vichy puis par le gouvernement provisoire de la République.

Un système indépendant de la justice
L’internement administratif est une mesure qui permet à l’Etat de se substituer à l’autorité judiciaire et d’imposer ses propres sanctions, de manière totalement arbitraire. Contrairement à la justice pénale, l’interné ne bénéficiait pas de la présomption d’innocence, ni du droit de se défendre devant un tribunal.
Les préfets départementaux ou régionaux avaient le pouvoir de décider d’interner tel ou tel individu dans un camp sans avoir besoin de justifier les motifs à l’origine de leur décision.

 

COMBIEN DE TEMPS LA POLITIQUE D’INTERNEMENT A-T-ELLE ÉTÉ APPLIQUÉE ?

L’expérience de 1914-1918
En France, une première expérience d’internement administratif est mise en place durant la première guerre mondiale (1914-1918). Une cinquantaine de camps sont ouverts, principalement dans l’ouest et le sud de la France, loin des zones de combat, afin de regrouper les civils des pays ennemis qui sont présents sur le territoire français : il s’agit de civils allemands, austro-Hongrois et ottomans.

1939-1946
En février 1939, Rieucros (Lozère), premier camp d’internement, est ouvert pour « accueillir » les républicains espagnols.
La politique d’internement traverse trois régimes politiques distincts :
la IIIe République, qui met en place la structure juridique à l’origine de l’internement et ouvre les premiers camps, 
le régime de Vichy qui place le camp au centre de sa politique d’exclusion et enfin le gouvernement provisoire de la République qui se sert des camps déjà en place pour interner de nouvelles catégories d’individus.

 

QU’EST-CE QU’UN CAMP D’INTERNEMENT ?

Un camp d’internement est un lieu dans lequel des individus se retrouvent enfermés par mesure administrative (par arrêté préfectoral en général) et non dans le cadre d’une procédure judiciaire.
Le terme générique de camp d’internement regroupe l’ensemble des lieux tantôt nommés centres de rassemblement, centres de séjour surveillé (CSS), camps pour travailleurs militaires et camps de transit.
Ces différentes appellations relèvent toutes d’une même politique d’internement.
En France, 200 camps fonctionnent entre 1939 et 1946.

 

QUI EST INTERNÉ ?

La politique d’internement n’est pas appliquée de la même manière à la fin de la IIIe  République, sous le régime de Vichy et sous le gouvernement provisoire de la République. Les hommes comme les femmes ont été touchés par l’internement mais des variations existent en termes de temps, de lieux et de motifs.

Sous la IIIe République : un internement d’exception. 1939 – juin 1940
Durant cette période, la politique d’internement cible des étrangers considérés comme suspects, des républicains espagnols, des « ressortissants des puissances ennemies » (principalement des Allemands et des Autrichiens), des communistes et des syndicalistes.
Il s’agit d’un internement « d’exception » dominé par les aléas de la conjoncture : gestion des flux migratoires, dissolution du Parti Communiste, déclaration de la guerre.

 ♂ ♀ Les femmes sont touchées au même titre que les hommes par les mesures qui visent les « indésirables étrangères » et les communistes dès l’hiver 1939. Elles sont également internées en tant que « ressortissantes des puissances ennemies » mais seulement de mai à juin 1940.

Sous le régime de Vichy : exclure, réprimer et persécuter. Juin 1940 – août 1944
La politique d’internement de l’Etat Français (Vichy) vise des opposants politiques, des Tziganes, des droits-communs, des marché noir, des Juifs, des étrangers considérés comme suspects.
L’internement fait partie intégrante du projet de rénovation sociale souhaité par le régime de Vichy. Le camp s’inscrit alors dans une logique d’exclusion et de répression. Puis à partir de 1942 se surimpose la mise en oeuvre de la solution finale en France. Certains camps d’internement font office de camps de transit pour les Juifs qui sont arrêtés et raflés dans toute la France puis internés à Drancy, véritable plateforme pour la déportation vers les camps d’extermination nazis.

 ♂  ♀  Les deux camps réservés exclusivement à l’internement des femmes avec enfants sont Rieucros, en Lozère, de novembre 1939 à février 1942 et Brens, dans le Tarn, de février 1942 à juin 1944. Les femmes sont internées en tant que politiques mais également pour marché noir et prostitution. D’autres camps, mixtes, ont accueilli des femmes notamment le camp de Drancy, réservé aux Juifs et certains camps pour nomades de la zone nord.

Sous le gouvernement provisoire de la République : un retour à l’internement d’exception. Août 1944 - mai 1946
Le gouvernement provisoire de la République a de nouveau recours à l’internement dans le cadre de l’épuration et cible principalement : des prisonniers de guerre, des civils français suspectés de collaboration avec les Allemands, des travailleurs volontaires de retour d’Allemagne et des trafiquants de marché noir. L’internement des nomades est maintenu jusqu’en 1946.

♂  ♀ A la libération, les femmes sont particulièrement visées comme suspectes de collaboration, trafiquantes de marché noir, ressortissantes civiles allemandes, « indésirables étrangères » et nomades.

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PLAN DÉTAILLÉ DU SITE



 

1 - Des camps d’internement en Isère.

1 - I - Frise chronologique

1 - II - Qu’est-ce que l’internement administratif ?

  • Les lois à l’origine de l’internement administratif.
  • Un système indépendant de la justice.

1 - III - Combien de temps la politique d’internement a-t-elle été appliquée ?

  • L’expérience de 1914-1918.
  • 1939-1946.

1 - IV - Qu’est-ce qu’un camp d’internement ?

1 - V - Qui est interné ?

  • Sous la 3e République : un internement d’exception, 1939 - juin 1940.
  • Sous le régime de Vichy : exclure, réprimer et persécuter, juin 1940 - août 1944.
  • Sous le gouvernement provisoire de la République, un retour à l’internement d’exception : août 1944 - mai 1946.

1 - VI - Carte des camps de rassemblement et d’internement du département de l’Isère. 1939-1944.

2 - Les étrangers internés dans l’Isère, 1939-1940.

2 - I - Frise chronologique

2 - II - De l’accueil des républicains espagnols …

2 - III - … à l’internement des « ressortissants des puissances ennemies ».

2 - IV - La spécialisation des camps en Isère.

2 - V - Carte des camps de rassemblement pour étrangers du département de l’Isère. 1939-1940.

2 - VI - Le camp d’Arandon.

2 - VII - Photos du camp pour étrangers d’Arandon.

2 - VIII - Biographies :

  • Rolf Hirschland.
  • Hugo Steinthal.
  • David Vogel.

3 - Les politiques internés sous la 3e République.

3 - I - Le Parti Communiste Français dans l’illégalité.

  • La signature du pacte germano-soviétique.
  • La répression contre les communistes.

3 - II - Les « radiés de l’affectation spéciale ».

3 - III - Des camps pour travailleurs militaires dans les Alpes.

  • L’encadrement des camps pour travailleurs militaires.

3 - IV - Photographies des camps de Roybon, Prémol et Luitel.

3 - V - Biographie de Jean Blaisot.

3 - VI - Carte des camps pour travailleurs militaires et internés politiques du département de l’Isère. 1940-1944.

4 - Le Centre de Séjour Surveillé (CSS) de Fort-Barraux.

4 - I - La reprise en main des camps par le régime de Vichy.

4 - II - Qu’est-ce qu’un CSS ?

4 - III - Les différentes catégories d’internés de Fort-Barraux.

  • De juillet 1940 à octobre 1942.
  • D’octobre 1942 à juin 1944.

4 - IV - Fort-Barraux, camp de transit pour les Juifs.

  • Le choix de Fort-Barraux.

4 - V - L’encadrement du camp.

4 - VI - L’impact du camp sur la commune de Barraux.

4 - VII - La vie au sein du camp.

4 - VIII - Biographies :

  • Roland Dumas
  • Antonio De Gennaro.
  • Jules Pattarone.

5 - Bibliographie internement.

6 - A propos de l’auteur du site.

  • Christèle Joly-Origlio
  • Anne-Sophie Pico.