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REPÈRES CHRONOLOGIQUES

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DE L’ACCUEIL DES RÉPUBLICAINS ESPAGNOLS … 

Dès l’été 1937, le département de l’Isère « accueille » les premiers républicains espagnols. Leur hébergement est improvisé à l’école de Voiron ainsi qu’à l’école Vaucanson. En août 1937, la rentrée scolaire est imminente, le préfet décide de transférer environ 500 personnes au camp de Fort-Barraux.

Le 26 janvier 1939, la ville de Barcelone tombe aux mains des Franquistes provoquant ainsi l’exil d’environ 465 000 personnes. Cet événement est appelé la Retirada.

En janvier 1939, les républicains Espagnols affluent à nouveau dans le département de l’Isère. Ils sont rassemblés à Grenoble, au grand palais de la Houille Blanche, dans des conditions d’hygiène déplorables.

Au mois de juillet 1939, 1 300 personnes sont transférées au camp d’Arandon. Dans les centres d’hébergement comme Arandon, il ne s’agit pas d’une logique d’internement mais plutôt de la mise en place d’une politique d’accueil des réfugiés dans des lieux de regroupement.

♂  ♀ Dans le camp d’Arandon, les républicains espagnols sont principalement des femmes et des enfants   ( 96 % de femmes et d’ enfants et 4 % d’ hommes). Ce n’est pas le cas dans les camps d’internement spécialisés du sud de la France comme Argelès-sur-mer, Barcarès et Saint-Cyprien, où sont internés principalement des hommes appartenant aux milices républicaines.
Les derniers Espagnols quittent ce camp durant l’automne 1939. Ils sont aussitôt remplacés par les « ressortissants des puissances ennemies ». On parle alors d’internement des étrangers.

… À L’INTERNEMENT DES « RESSORTISSANTS DES PUISSANCES ENNEMIES » 

Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne. Deux jours plus tard, le gouvernement met à exécution un décret qui prescrit l’internement des hommes « ressortissants des puissances ennemies » âgés de 17 à 50 ans dans des centres de rassemblement. Ces étrangers sont originaires d’Allemagne, mais également de pays qui ont été entièrement ou partiellement annexés par le Reich : l’Autriche, la Pologne, la Tchécoslovaquie et la Lituanie.
Bien qu’ils soient pour la plupart des anti-nazis confirmés, ces étrangers sont considérés comme suspects par les autorités françaises.

LA SPÉCIALISATION DES CAMPS DE L’ISÈRE 

Les camps pour étrangers sont mis en place à la hâte entre les mois d’octobre et de novembre 1939. Une première vague de libérations a lieu en novembre et décembre 1939. Elle a pour conséquence la réorganisation des camps en fonction de la nationalité et de l’âge des internés :

۩ Au camp d’Arandon (octobre 1939 - mars 1940) : des Allemands et Autrichiens.
۩ Au camp de Chambaran  (septembre 1939 - avril 1940) : des Allemands employés à des travaux militaires. Ils sont appelés « prestataires ».
۩ Au camp de Saint-Savin (octobre 1939 - fev/mars 1940) : des Autrichiens.
۩ Au camp de Vif (octobre 1939 - fev/mars 1940) : des Allemands originaires de la Sarre (région frontalière rattachée à l’Allemagne par référendum en 1935).
۩ Aux camps de Bourgoin et Vienne (dates de fonctionnement inconnues) : des Allemands et Autrichiens.

 ♂  ♀   Dans les camps de l’Isère qui sont consacrés à l’internement des étrangers, on ne trouve que des hommes. En mai 1940, date à laquelle le gouvernement prescrit l’internement des femmes, les camps de l’Isère ne sont plus en fonctionnement.

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LE CAMP D’ARANDON

Quand fonctionne-t-il ? De juillet à octobre 1939 comme « centre d’hébergement » pour les républicains espagnols.
D’octobre à mars 1940, le camp se transforme en « centre de rassemblement pour ressortissants des puissances ennemies ».

Qui est interné ? Principalement des femmes, des enfants et quelques hommes espagnols pour la première période. Des hommes de nationalité allemande et autrichienne pour la deuxième période.

Où ? Dans les locaux de l’usine Vialle à 2 km du village d’Arandon à proximité de Morestel. Il s’agit de vastes hangars anciennement affectés à la construction de wagons. Une partie du site héberge une scierie qui est toujours en activité en 1939.

L’encadrement du camp : Le préfet de l’Isère est chargé de l’accueil des réfugiés espagnols dans son département. Il nomme Mr Durand, un civil,  à la direction du camp jusqu’à sa mobilisation en septembre 1939 puis Mr Vialle, propriétaire de l’usine dans laquelle est installé le camp. L’encadrement des Espagnols est assuré par des gardes mobiles.
Au mois d’octobre 1939, l’ensemble des centres de rassemblement pour ressortissants des puissances ennemies est placé sous la tutelle du ministère de la Guerre. La direction du camp est alors confiée au Capitaine Ledoux et la surveillance des internés à des soldats armés.

Les conditions de vie : Le camp a bénéficié d’aménagements durant l’été 1939, comme la construction de châlits, l’électrification et l’installation de points d’eau. Cependant les conditions de vie se dégradent dès l’arrivée des premiers froids. Les immenses hangars sont ouverts aux quatre vents, l’eau gèle dans les canalisations. Les internés manquent de couvertures, de vêtements, de nourriture et se battent contre les poux et les rats.
Ils sont chargés d’assurer eux-même le quotidien du camp : la préparation des repas, le nettoyage, les soins des malades à l’infirmerie et peuvent parfois aller travailler à l’extérieur pour effectuer des tailles de pierre, des réfections de chaussées ou des coupes d’arbres.
En plus des difficultés matérielles, les internés sont soumis à une pression constante du capitaine qui surveille et interroge régulièrement les internés. Les visites des familles sont rarement accordées et les journaux sont interdits.
Les hommes chargés du commandement du camp d’Arandon ont exercé un contrôle particulièrement strict et dur sur les internés. Cela n’a pas été le cas dans tous les camps.

A propos des conditions d’internement au camp d’Arandon, lire le roman autobiographique de David Vogel, Et ils partirent pour la guerre.

PHOTOS DU CAMP POUR ÉTRANGERS D’ARANDON


BIOGRAPHIES


2-rolf-hirschlandRolf Hirschland
(Hambourg 1907-Mantes la Jolie 1972)

Interné à Arandon en tant que
Ressortissant des puissances ennemies.

Rolf Hirschland est issu d’une famille de banquiers Juifs. Il grandit à Hambourg (Allemagne) où il fait des études à l’école des Beaux-Arts et devient un peintre adepte du mouvement artistique « art nouveau ».

Il quitte l’Allemagne en 1928 et s’installe à Paris pour poursuivre et achever sa formation auprès des sculpteurs Ossip Zadkine et Charles Despiau.
Après la prise de pouvoir des Nazis en 1933, il ne rentre pas en Allemagne comme il l’avait prévu mais voyage pendant deux ans.

De retour à Paris, un contrat avec une galerie parisienne lui permet de vivre de sa peinture jusqu’au début de la guerre. Ses portraits en buste de grande taille sont particulièrement prisés. Il se marie en 1936.
En septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne. Il est contraint de rejoindre le camp d’internement d’Arandon en raison de sa nationalité allemande puis il est libéré. Il est ensuite recherché jusqu’à la fin de la guerre parce qu’il est Juif.

Comme de nombreux artistes et intellectuels Juifs Allemands, il est déchu de la nationalité allemande le 7 juin 1941. Les biens qu’il possède en Allemagne sont confisqués conformément aux lois sur l’aryanisation. Il se cache jusqu’en 1942 à Marseille et continue à peindre. Puis avec l’occupation de la zone sud par les Allemands, il quitte Marseille où il laisse sa femme non Juive et son fils et se réfugie à Forcalquier puis à Allevard dans une maison en bordure de forêt sous le faux nom de Jean-Pierre Dupont. Pendant l’hiver 1943, il se cache régulièrement dans les bois et les grottes des environs jusqu’à la Libération en août 1944.
Il réussit à échapper aux arrestations de Juifs. Pendant l’Occupation, la maison qu’il habite à Marseille est pillée par les Allemands et près de 200 de ses œuvres sont volées ou détruites. A la Libération, il est malade et ruiné.

Son expérience et la souffrance liée aux persécutions qu’il a subies ainsi que sa famille (ses parents ont fui l’Allemagne nazie en 1934 ; ils sont arrêtés à Nice puis déportés à Auschwitz) ont fortement marqué sa peinture.
Au mois de mai 1947, Rolf Hirschland démarre une procédure à Hambourg pour obtenir des réparations de l’Etat Allemand pour les spoliations qu’il a subies et obtient gain de cause.
A partir de 1947, il expose à New-York, Paris, Nice, Tel Aviv. En 1964, il installe son atelier à Joucas, dans le Vaucluse. Il meurt le 27 mars 1972 à Mantes-la-Jolie.

Site dédié à Rolf Hirschland ici


2-hugo-steinthalHugo Steinthal
(Sarre 1893-1961)

Interné à Arandon en tant que
Ressortissant des puissances ennemies

Hugo Steinthal est né le 27 juillet 1893 à Sarrebruck (Sarre). En 1914, il s’installe à Fribourg (Suisse) où il étudie l’histoire et la philosophie. Il est mobilisé en 1914 puis quitte l’armée en 1916 à cause d’une blessure. Il obtient son doctorat d’histoire en 1921 sur le thème : « le statut des Juifs aux époques  mérovingienne et carolingienne ». Hugo Steinthal poursuit ses recherches pendant de nombreuses années et devient un spécialiste de l’histoire des communautés Juives de Sarre et de Lorraine du XIVe siècle aux années 1930. En plus de ses activités universitaires, il officie comme rabbin à Sarrebruck. Il occupe la fonction de président du district du Central Verein de Sarrebruck. Le Central Verein est un organisme fondé en 1893 qui regroupe des Juifs d’opinion libérale issus de la bourgeoisie cultivée et possédante afin de lutter contre l’antisémitisme et milite pour la défense des citoyens Juifs Allemands.

Hugo Steinthal est victime d’une agression antisémite en 1928. Il est violemment passé à tabac en sortant des bureaux du Central Verein de Berlin. Puis, en 1935, la Sarre devient allemande suite à un référendum favorable à 90 % au rattachement. Les lois de Nuremberg et les persécutions contre les Juifs sont officiellement proclamés. C’est en 1935 qu’ Hugo Steinthal quitte son pays pour émigrer en France avec sa femme, Wally Karfunkelstein et leurs deux enfants. En février 1940, il est interné au camp d’Arandon en tant qu’étranger « ressortissant des puissances ennemies ». On ignore son parcours entre sa libération d’Arandon et la fin de l’Occupation mais on sait qu’il rejoint Sarrebruck, sa ville natale, où il occupe un poste de bibliothécaire après la guerre. Hugo Steinthal est décédé en 1961.


2-david-vogelDavid Vogel
(Satanov 1891-Auschwitz 1944)

Interné à Arandon en tant que
Ressortissant des puissances ennemies

David Vogel est né en 1891 à Satanov en Russie (dans l’Ukraine actuelle). Il fait ses études à Vienne (en Autriche) de 1912 à 1925. Il est alors un écrivain inconnu qui vit dans une extrême pauvreté. Il publie en hébreu un premier recueil de poèmes en 1917 puis deux nouvelles et un roman en 1923. Après de nombreux voyages, il s’installe à Paris.
Début septembre 1939 il s’apprête à rejoindre sa femme qui est alors soignée pour tuberculose dans un sanatorium de Hauteville (Ain). Puis le 4 septembre 1939, en tant qu’ ex-Autrichien résidant sur le sol français, il est appelé à rejoindre le centre de rassemblement pour étrangers le plus proche. Il se rend au centre de Bourg puis il est transféré à Arandon.

Son roman autobiographique, Et ils partirent pour la guerre, retrace son parcours dans les camps d’Arandon puis de Loriol (Drôme) où il est transféré en février 1940. Il quitte les camps d’internement français au mois de juin 1941.
En février 1944, il est à nouveau arrêté, cette fois-ci par la Gestapo, parce qu’il est Juif.  Il est interné à Drancy puis déporté à Auschwitz, où il décède le 10 mars 1944.

Pour en savoir plus sur David Vogel voir le site ici