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LE PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS DANS L’ILLÉGALITÉ
 

La signature du pacte germano-soviétique
Le 23 août 1939, un pacte de non-agression est signé entre Hitler et Staline. Maurice Thorez qui dirige le Parti Communiste Français (PCF) réitère sa fidélité totale à l’URSS. Le PCF, par le jeu des alliances, se trouve alors implicitement en situation d’allégeance à l’Allemagne nazie. Le gouvernement Daladier prend immédiatement les premières sanctions contre le PCF en interdisant la parution des deux principaux quotidiens communistes : L’humanité et Ce soir. Puis le 26 septembre, le parti est dissous, les leaders du PCF sont arrêtés.

La répression contre les communistes
La répression menée contre les communistes prend de multiples formes : des perquisitions et arrestations, la déchéance des élus, des déplacements et radiations de fonctionnaires, des radiations de l’affectation spéciale et des internements administratifs.

LES « RADIÉS DE L’AFFECTATION SPÉCIALE »

Ce sont des ouvriers et des ingénieurs très spécialisés qui sont affectés à l’arrière, au sein de leur entreprise, afin d’assurer la production des usines indispensables à l’effort de guerre. Des entreprises comme Berliet, la SNCF, la société nationale des constructions aéronautiques du sud-est (SNCASE) bénéficient de ces quotas d’affectés spéciaux. Les leaders communistes et syndicalistes placés en affectation spéciale sont particulièrement surveillés et sanctionnés pour leur engagement politique. Les plus engagés sont radiés de l’affectation spéciale sur décision administrative et intégrés de force à des compagnies de travailleurs militaires.

 
DES CAMPS POUR TRAVAILLEURS MILITAIRES DANS LES ALPES
 

Les communistes et syndicalistes radiés de l’affectation spéciales sont incorporés à un régiment ou à un dépôt d’infanterie. Ensuite, ils sont dirigés vers des compagnies de travailleurs militaires. Chaque compagnie (ou compagnie spéciale) de travailleurs militaires est affiliée à plusieurs camps de travail.
La majorité de ces camps de travail se situe dans les Alpes. Ces « soldats spéciaux » sont employés à des travaux de génie militaire comme la création ou l’élargissement des routes du front alpin ou à des coupes de bois.

L’encadrement des camps pour travailleurs militaires :
Ces camps sont placés sous la tutelle du ministère de la Guerre. Leur commandement est confié à un capitaine qui est secondé par des gardes mobiles pour l’encadrement.
Dans l’Isère, on compte trois camps pour les travailleurs militaires : Roybon, Prémol et Luitel qui fonctionnent tous de février à septembre 1940.


3-roybon-1۩ ROYBON

Le camp de Roybon est situé dans les locaux d’une usine de tissage désaffectée.
 
 

 

 

۩ PREMOL et ۩ LUITEL

Les deux camps sont implantés sur la commune de Vaulnaveys-le-Haut en pleine forêt domaniale dans des baraquements en bois sans clôture ni fils de fer barbelés. Les travailleurs militaires sont affectés à la construction de la route de Chamrousse et à des coupes de bois.
Les travailleurs militaires sont nombreux à déserter le camp.

3-premol-13-luitel-1

 


BIOGRAPHIE


3-jean-blaisotJean Blaisot
(1914-1996)

Ancien travailleur militaire, interné à Fort-Barraux.

Jean Blaisot est né le 26 septembre 1914 en Seine et Oise. Il est ajusteur à la SNCAN (Société nationale des constructions aéronautiques du nord) des Mureaux. L’entreprise, spécialisée dans la construction aéronautique se voit attribuée du personnel placé en affectation spéciale, comme Jean Blaisot, afin d’assurer la production d’avions indispensables à l’effort de guerre. Jean Blaisot est membre du Parti Communiste (PC), il est également syndiqué à la CGT. Malgré la dissolution du PC en août 1939, il reste fidèle à ses idées politiques. Son engagement politique et syndical lui vaut d’être arrêté le 17 janvier 1940, par la gendarmerie avec quinze autres affectés spéciaux.

Le 18 janvier, sans aucune explication, ils se retrouvent à la gare : « Chargés dans des camions de transport de troupes, nous partons sans rien savoir de notre destination. Au bout d’un quart d’heure de route, nous débarquons dans la cour d’une grande ferme. Cette ferme appartenait à la famille Rothschild, réquisitionnée par l’autorité militaire pour en faire un centre de formation des compagnies spéciales de travailleurs indésirables ». Les travailleurs militaires avec qui se retrouve Jean Blaisot sont d’anciens élus municipaux communistes de la région parisienne et des responsables syndicaux. Ils constituent la deuxième compagnie de travailleurs militaires. Au regard du commandement militaire, ces hommes sont des soldats ayant commis une faute, celle d’avoir eu un engagement politique et syndical d’extrême gauche.

Jean Blaisot rappelle le traitement spécifique auquel sont soumis les travailleurs militaires : « Dans son rapport, le Capitaine nous rappelle que nous sommes des « soldats spéciaux », des individus dangereux pour la Défense nationale ».

Jean Blaisot et les travailleurs de la deuxième compagnie sont habillés d’une tenue bleue-horizon, comme les soldats de 1914-18. A la ferme Saint-Benoit, l’encadrement est strict, ils n’ont pas le droit de sortir du camp qui est entouré de fils de fer barbelés. Les journées sont rythmées par les corvées de cuisine, d’entretien et d’exercices militaires comme les marches forcées : « on commença par des marches de 7 à 8 kilomètres en augmentant de jour en jour jusqu’à faire 18 à 20 kilomètres dans la journée au bout de deux mois »…

Extraits recueillis dans le témoignage publié à compte d’auteur (voir la bibliographie ici), transmis par son fils, Guy Blaisot.